Mécanique des fluides

L’empreinte et l’œuvre

Faire une empreinte, tout le monde sait faire, tout le monde a appuyé un jour son doigt taché d’encre sur un bout de papier. C’est simple, c’est immédiat mais c’est hasardeux : le même geste répété produit à chaque fois un écart différent avec le modèle.
Faire une empreinte nécessite un support : le papier, un geste : un contact ou une pression, un résultat : une marque. Le jeu consiste à répandre de la peinture acrylique diluée sur une plaque de rhodoïd puis à en imprimer une feuille de papier par contact (une seule fois, c’est un monotype). L’eau disperse et sépare les pigments. Des coulures, des bulles d’air, des concentrations de pigment autour d’une poussière altèrent le transfert de la matière colorée.
Cependant l’empreinte d’une tache ne peut produire qu’une tache. Ce dépôt de matière peut-il faire œuvre ?


Le hasard et l’expérience

Entre comment c’est fait et comment cela se présente au regard, le procédé, a priori si rudimentaire dans son principe, se complexifie à l'usage. Sur le plan technique, le geste qui pose le support, qui le presse et le retire, la dilution mesurée, le séchage influent sur la production. L’aléatoire se combine avec la maîtrise des expérimentations répétées pour faire naître des effets repérés. Retrancher ou effacer est impossible : ce qui s’est déposé là l’est définitivement mais les formes peuvent être parfois transformées : ce sont les monotypes arrangés.
L’empreinte possède une extraordinaire fécondité heuristique. Parce qu’elle est opératoire, elle est à l’origine du trajet de l’œuvre.


L’informe et l’apparition

Le champ d’expérimentation ouvert ainsi ménage une marge d’indétermination d’autant plus importante que l’empreinte d’une tache n’est pas plus qu’une tache, informe, parfois ténue. Pourtant la part d’imprévisibilité constitue ces déposes de pigments en événement : il advient quelque chose qui relève de l’apparition.
Les transparences des voiles colorés et l’atténuance de la couleur bleue évoquent « l’étendue sans nom et sans âge » (M. Yourcenar). Et aussi le ciel, la pluie, l’immensité, la turbulence, la violence ou la sérénité, le vide. Il ne s’agit pas de tirer l’informe vers une représentation. L’indétermination, parce qu’elle est ouverture et liberté, est préservée par le travail artistique.
L’ensemble des procédures concrètes qui fabrique l’image engage aussi des relations abstraites (connaissances, symboles, fantasmes…) à partager avec le spectateur.

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